Entreprises et biodiversité : AgroParisTech contribue à un rapport mondial
30 mars 2026Adopté en février 2026 à l’issue de la 12e plénière de l’IPBES à Manchester, le rapport « Entreprises et biodiversité » constitue le premier bilan scientifique mondial sur les liens entre activité économique et perte de biodiversité. Clément Feger, maître de conférences à AgroParisTech, y a contribué pendant plus de quatre ans d’abord comme expert pour l’étude de cadrage puis en tant que Lead Author. Retour sur un rapport appelé à transformer les pratiques des entreprises et des gouvernements.
L'IPBES, une instance scientifique au service des décideurs
Créée en 2012 sous l’égide des Nations Unies et basée à Bonn, l’IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services) est la plateforme de référence sur la biodiversité à l’échelle mondiale. Elle a pour but de produire des évaluations scientifiques rigoureuses pour éclairer les politiques publiques. Ses rapports reposent sur une revue approfondie de la littérature académique et prennent en compte les savoirs des populations locales et autochtones. Leur adoption par l’ensemble des États membres leur confère une légitimité et un poids politique particuliers.
Un rapport inédit sur le rôle des entreprises
Le rapport « Entreprises et biodiversité » est une première dans l’histoire de l’IPBES : jamais encore une évaluation de cette envergure n’avait été consacrée à cette thématique. Réalisé en deux ans (au lieu des trois à cinq habituels), il a mobilisé un groupe interdisciplinaire et international de 80 experts. Son ambition : analyser les méthodes existantes pour mesurer les impacts et les dépendances des entreprises à la biodiversité, et montrer comment elles peuvent guider l’action.
Un constat sans appel pour les acteurs économiques
Le rapport établit que tous les secteurs d’activité, sans exception, impactent la biodiversité, directement ou indirectement, et en dépendent. Les indicateurs de qualité de la biodiversité continuent de décliner à un rythme alarmant, avec des risques systémiques croissants pour les entreprises elles-mêmes. Parmi les obstacles identifiés : la primauté du profit à court terme, le manque de redevabilité (moins de 1 % des entreprises dans le monde publient des rapports mentionnant la biodiversité), et les 7 300 milliards de dollars annuels de subventions néfastes à la biodiversité activement défendues par certains lobbys. Le rapport identifie néanmoins plus de 100 leviers d’action à destination des entreprises, des gouvernements, des acteurs financiers et de la société civile.
Vers un alignement entre économie et préservation du vivant
Au-delà du diagnostic, le rapport plaide pour une transformation profonde des modèles économiques. Il souligne qu’aucune méthode unique et standardisée ne suffira : c’est la capacité à combiner différentes approches selon les contextes qui permettra de conduire le changement. Pour Clément Feger, ce rapport constitue un outil précieux pour « toutes celles et ceux qui, au sein des entreprises, des administrations publiques et de la société civile, sont déterminés à agir en faveur de la protection des écosystèmes. »